20 Mars 2024
02 Sept. 2024

LE MONDE COMME IL VA

BOURSE DE COMMERCE - PARIS

Au printemps 2024, un ensemble d’œuvres iconiques de la Collection Pinault se déploie à tous les niveaux de la Bourse de commerce, telle une spirale au sein de laquelle les images s’engendrent, se répondent, se télescopent et mettent en lumière la passion, et l’engagement, de François Pinault pour l’art contemporain.

Réunissant des œuvres réalisées principalement entre les années 1980 et aujourd’hui, l’exposition révèle la conscience aiguë du présent chez les artistes. « Le Monde comme il va » nous renvoie aux turbulences et soubresauts de l’actualité. Partout, les repères stables et les références chancellent et se dérobent. Le titre est emprunté à un conte philosophique de Voltaire dans lequel un envoyé céleste part observer le comportement d’hommes dont les puissances divines ne savent plus s’ils méritent d’exister ou s’il faut les anéantir pour recommencer une meilleure civilisation. Confronté aux paradoxes humains et à l’hésitation, le narrateur décide finalement de laisser aller « le monde comme il va », confiant aux hommes la reprise en main de leur destinée. Les œuvres de la Collection Pinault choisies pour cet accrochage deviennent les témoins de ce moment d’incertitude, mais elles sont aussi autant de forces qui entraînent le visiteur l'élan de cette sphère qui continue à tourner, bon gré mal gré, et dans les mouvements de laquelle nous écrivons collectivement l’histoire.

Cette conscience des artistes est illustrée par l’intervention à la fois monumentale et délicate de Kimsooja dans la Rotonde du musée. Un immense miroir au sol renverse, dès lors qu’on l’approche, toute l’architecture et, avec elle, l’ordre du monde, le ciel se creusant sous nos pieds au centre de la Bourse de Commerce. L’invisibilité du matériau, qui ne fait que refléter le réel environnant, est comme une invitation à prendre conscience que nous sommes les acteurs de ce récit.

Au premier étage, une « vue d’ensemble » se dégage : David Weiss et Peter Fischli exposent une partie de leur vaste entreprise de modelage artisanal en argile d’une histoire – forcément partielle et partiale – de l’humanité (Suddenly this Overview, 1981-2012). Dans les galeries du rez-de chaussée et du deuxième étage, la sélection d’œuvres de la Collection Pinault montre combien les artistes contemporains, s’inscrivant à la fois dans la tradition des avant-gardes et dans leur époque, ont souvent utilisé des stratégies de provocation et de subversion ou d’infiltration pour opérer à l’encontre des valeurs établies et insérer un doute généralisé quant aux définitions de l’art. La lecture des œuvres de Maurizio Cattelan, Jeff Koons ou Damien Hirst, icônes de la première heure de la Collection Pinault, retrouve de sa complexité lorsqu’elles sont replacées dans un contexte de circulation des images, des objets et des valeurs qui marque l’histoire de l’art des années 1980 et 1990. Elles s’attaquent aussi aux mécanismes sous-jacents des différents pouvoirs (politiques, institutionnels, etc.) et formulent un commentaire plus amer qu’il n’y paraît sur la société dans laquelle elles sont produites.

Les fantômes du passé semblent surgir comme un avertissement, dans les œuvres de Maurizio Cattelan, de Luc Tuymans, de Sun Yuan et Peng Yu, ou encore de Cindy Sherman. Les œuvres en réaction aux utopies en crise du monde contemporain, telles que Wolfgang Tillmans, Doris Salcedo, Rosemarie Trockel, Anne Imhof et Christopher Wool les mettent en scène, forment les réceptacles d’une violence sourde que l’art permet d’exprimer et de transfigurer. Peintures à huis-clos, déflagrations, renversements domestiques, images doubles, portraits dont l’identité vacille, relectures et reprises : c’est le sujet qui est remis en question chez Martin Kippenberger, Frank Walter, Marlene Dumas, Peter Doig ou encore Franz West et STURTEVANT.

Les choix de François Pinault, collectionneur, ont ainsi toujours reflété cette passion pour un art en phase avec son temps, qu’il soit engagé ou simplement observateur, provocateur ou plus sombre. Face aux excès et aux paradoxes du monde et de la société, mais aussi confrontés aux troubles de l’époque, les artistes se font tantôt prophètes, visionnaires, tantôt philosophes, parfois cyniques et ironiques, souvent poètes et ré-enchanteurs. C’est bien le flux des images prises dans les mouvements du monde, la complexité des œuvres, leur capacité à refléter le réel ou au contraire à le mettre en abyme, à résonner en empathie ou avec ironie avec le passé ou le présent, qui irrigue la Collection Pinault depuis cinquante ans.

DOCUMENTATIONS
Informations pratiques
Bourse de Commerce
2 Rue de Viarmes
75001 Paris
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Commissariat :
Jean-Marie Gallais, Conservateur, Pinault Collection
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